01.08.2007

De retour

 

Un indicible émoi a parcouru mon être

La ligne bleue des puys vient enfin d’apparaître

 

Me voilà de retour

 

Ces géants familiers, bergers de mon enfance

 Me rappellent à moi par leur seule présence

 

Me voilà de retour

 

Vous qui m’avez connu, suis-je encore le même ?

Découvrons à tâtons tout ce qu’aujourd’hui j’aime

 

Me voilà de retour

 

Mais déjà je me hâte, ce n’était qu’un détour

Le temps presse pour qui bâti sa vie autour

 

De l’éternel retour

29.07.2007

7. Coeur fangeux

Tu as jailli pure des crêtes de mon cœur

Et tu m’as abreuvé ton flot fut mon bonheur

Emportant avec lui les souillures de ma vie

M’attirant dans sa force au creux de ton lit

 

Les frais torrents courent puis rencontrent les plaines

Y gagnent en quiétude, prennent leur haleine

Filant sereinement vers la lointaine mer

Mais tous deux nous courions vers un asile amer

 

Vers ce dédale épais, vers ce fangeux marais

Ne charriant plus les alluvions altérées

Mais les digérant mal les portant dans sa couche

 

Dont les draps ne sont plus que de gluantes bouches

Qui laissent s’échapper des plis de leurs membranes

De lourdes bulles dorées gorgées de méthane

27.07.2007

6. Piège

Ce jour là j’empruntais un chemin de traverse

Pour laisser de côté la foire d’Aigueperse

Résonne dans mon dos une branche qui craque

Et jaillit des fourrés une bande de dracs

 

« Voyageur, le sais-tu, ce chemin est le nôtre

Nous sommes les esprits du seigle et de l’épeautre

L’audace et l’ignorance ayant guidé tes pas

Ta langue peut encor t’éviter le trépas.

 

Mes frères sont curieux des mœurs de tes gens

Qui célèbrent aujourd’hui le culte de l’argent

Dis nous, gare à ta vie ou tu finis haché,

Quel Dieu célébrez-vous en ce jour de marché ?»

 

« Sylvains, il a un nom, ce pauvre épouvantail

Quelques fous l’ont construit et baptisé Travail

Six jours de la semaine lui sont consacrés

Et l’on conspue tous ceux qui osent l’exécrer »

 

Je passai pour un fourbe aux yeux des diablotins

Pour qui mes doctes dires étaient du bas latin

Ils se mirent à mes trousses à travers les landes

Et me firent courir jusqu’aux portes de Mende

25.07.2007

5. Triste Foire

Il faut se lever tôt, car c’est jour de marché

Mets tes plus beaux habits, sans être endimanché,

Car si tu parais riche et as goût des affaires

Tu paieras au centuple un chapelet de fer.

 

Vois tout autour de toi ces graves maquignons

L’un va s’offrir un veau pour le prix d’un oignon

Et l’autre plus malin jubile à l’intérieur :

« Le broutard est mourrant ! Que ne suis-je ingénieur ! »

 

Plus loin voici les femmes à l’œil aiguisé

Qui brûlent en un jour l’or économisé

En se livrant tout bas de précieux secrets :

Qui vend le meilleur lard, les fruits les plus sucrés.

 

Entre tes jambes passent trois crasseux nabots

Brunet, le fils du borgne flanqués du vieux Scarbo

Corrige à l’aveuglette l’un de ces larrons :

Tu ne sais pas pourquoi, mais eux ils le sauront

 

Puis viens te joindre vite à l’immense auditoire

Captif des chants du Mercure de cette foire :

Il déclame en suant, le piètre imitateur,

Ecorche malgré lui les vers de Colporteur !

22.07.2007

4. Damné

Une nuit pareille à celle-là

Tombait un lourd rêt de givre

Qui rend râpeuses âmes et  vitres

Un semblant de pacte se scella

 

Lucifer ratifia sans zèle

Mon souffle en était le gage

En échange un plein bagage

D’or, de succès et de donzelles

 

Ma jeunesse se consuma

Trop vite pour en profiter

Que de biens je n’ai pas goûtés

 

Le diable ne fait pas crédit

Et je dois avant mercredi

Lui offrir ce cœur qu’il huma

21.07.2007

3. Danse macabre

Un archet en main, trois corps de pendus,

Arrachaient des sons d’un violon

Les notes effrayées restaient suspendues

En hurlant d’effroi, de frisson

 

Couleur d’ivoire au clair de lune

Trois couples valsaient sous l’œil du Démon

Ces six squelettes couverts de runes

Grinçaient en musique esquissant des ronds

 

Satan satisfait par ce simulacre

Soufflait d’aise du souffre de son nez

Dont la pestilence et les vapeurs âcres

Cuirent un agneau vif qu’il mordait

 

Claquant, cliquant les froids danseurs

Entamaient tout juste un menuet

Lorsque le Diable riant de pleurs

Lança sentencieux à l’assemblée : 

 

« Bien dispersez-vous, repus de vos jeux

Me voici avide de sang

Avant que le jour nous livre son feu

J’exige l’âme de six innocents »

 

Le premier qui s’exécuta

Prit la voie des crêtes qui relient les monts

Et il rît jusqu’aux éclats

En faisant cuire un pape en Avignon

 

Le second taquin, prît les traits d’un prince,

Se faufila dans un château

Fît valser une reine au corps ferme et mince

Ravi la poignarda dans le dos

 

Le troisième dans un hospice

Se rendît au chevet d’une grabataire

Puis sereinement mais sans vice

Lui ferma les yeux et son râle fît taire

 

Si le quatrième, sur un oreiller

Etrangla une fille de joie

Il y a ma foi, fort à parier

Qu’il ne pût la regarder droit

 

Et le cinquième faucheur errant

Croisa sur sa route un jeune noceur

S’il le tua c’est en pleurant

Car même les spectres ont parfois un cœur

 

Le jour se leva, sur la clairière

Où se dresse le triste gibet

Et des mauvais mânes qui dansaient hier

A l’appel l’un d’eux manquait

 

Car le dernier mauvais rôdeur

Qui voulait écorcher un nourrisson

Composait un bouquet de fleurs

Les rires de l’enfant l’avaient rendu bon

20.07.2007

2. Le faune

Il se nourrit de fruits de grillons et de miel

En égayant les bois des accords de sa vielle

Les bigotes le craignent et jurent qu’en avril

Il cherche à frotter son épaisse pelisse

Contre les imprudentes à la peau rose et lisse

Mais si quelque donzelle charmée par son babil

Daigne suivre le faune jusque dans son antre

Perchée près d’un ruisseau du col de Prat-de-bouc

Honteux des attributs qui font de lui un bouc

Il fuit loin de sa mie sans en souiller le ventre

14.07.2007

9. Au matin

Dès qu’au matin parut Aurore aux doigts de rose

Elle se leva, déjeuna en tenue d’Eve

Puis démêla sans mot ses cheveux et ses rêves

Tu suivais ce ballet, les paupières mi-closes.

 

Ces mots franchirent la barrière de ses dents :

« Nos peaux se sont connues quelques heures il me semble.

Le vin attise de stupides jeux. Je tremble

De dégoût. Oublions ces instants navrants. »

 

Le Temps fût mis à mort par ses paroles âpres.

N’appelle plus ‘Amour’ ces ébats de noceurs

Et panse ton âme dont faiblissent les digues.

 

Brisé par la gêne sa vue te rendra pourpre.

Sa voix commande aux vents qui désolent ton cœur.

Tu n’embrasseras plus son corps au goût de figue.

 

13.07.2007

8. L'eau de vie

Lorsque tu périras, qu’on t’aura mis sous terre

Que seront morts ton cœur, tes yeux et tes tumeurs

La terre aspirera ton âme et tes humeurs

Pour mieux les recracher dans ma bassine en fer

 

Mes diables verseront l’infect jus saumâtre

Dans les boyaux bouillants d’un alambic en cuivre

Et des années durant tes vapeurs devront suivre

Une ronde en tuyaux entretenue par l’âtre

 

Scarbo et moi boiront dans ma froide villa

En riant de tes joies cet âpre distillat

Qui semblable à ta vie aura un goût de tourbe

 

Imagine nous ivres devant ta cabane

Pissant ton eau-de-vie sur le cul de ton âne

Puis partant en chantant comme de joyeux fourbes

12.07.2007

7. Delirium

-« Que tu meures absous ou damné, - marmottait
Scarbo cette nuit à mon oreille, - tu auras pour
linceul une toile d’araignée, et j’ensevelirai
l’araignée avec toi ! »

BERTRAND, Scarbo

« Moi je suis très laid, j’ai l’épaule haute,
Mais, bah ! quand je peux je ris de bon cœur,
Chacun a sa part ; on plane, je saute ;
Vous êtes les beaux, je suis le moqueur. »

HUGO, Dénonciation de l’esprit des bois


On s’enivre sans peur quand on sent la langueur
S’échapper de ses pores avec sa sueur.
Mais s’enfuient ensemble la peine et la décence
Et là surgit Scarbo pour combler cette absence.

Scarbo, infâme, repais-toi de ce spectacle !
Nabot, sans femmes, ton rire court sans obstacles
Quand l’alcool assoupit mon reste de raison
Et que tu as forcé ma tête et ma maison.

Tu exhumes en chantant, insecte sans pudeur,
Tous mes actes manqués, tu jouis de la fadeur
De mes songes secrets. Car mes plaintes t’enhardissent,
Nul pleur ne m’échappe sans que tu n’applaudisses.

Djinn captif des fioles, des flacons des gargotes,
Daigne épargner ce soir mon esprit qui barbotte
Dans un étang de vin, voguant sur ses embruns…

Sa victoire est acquise : il m’apparaît à jeun